Jacques Sun et l’imposante présence chinoise en Europe

Jacques Sun parle de l’imposante présence chinoise en Europe

Il n’est plus possible de faire semblant ou de l’éviter. La présence chinoise en Europe a maintenant atteint un niveau significatif – un point de basculement où elle commence à influencer la forme et la direction du progrès économique et social en Occident. Directeur du CRAAF, Jacques Sun nous en parle.

Les principaux ports européens

Prenez d’abord les principaux ports européens – les points d’arrivée et de départ des marchandises échangées qui sont l’élément vital de l’Europe. « La Chine investit aujourd’hui massivement dans les principaux ports maritimes du continent » souligne Jacques SUN. Il s’agit notamment du Pirée en Grèce, de Valence et de Bilbao en Espagne, de Sines au Portugal, de Zeebrugge aux Pays-Bas, de Gênes en Italie, et maintenant, après une visite très médiatisée du dirigeant chinois Xi Jinping à Rome, de l’ancien port clé de Trieste, qui donne accès aux principales routes commerciales d’Europe centrale.

Au total, on estime que la Chine contrôle aujourd’hui un dixième de la capacité portuaire européenne. « Au dernier décompte, elle possède également quatre aéroports européens », explique Jacques Sun.

Il est vrai que le flux d’investissements chinois a diminué en 2017 et 2018, après avoir atteint en 2016 un sommet annuel de 18 milliards de dollars. Mais il va certainement reprendre, et de toute façon, la question n’est pas tant le flux entrant que le sort des implants une fois en place.

Tout cela est visible et ouvert à tous. On ne peut que deviner ce qui se passe sous la surface, en matière de pénétration des renseignements, de cyber-intrusion et d’acquisitions derrière des fronts anonymes. Il est certain que les services de sécurité de la plupart des pays européens se demandent ce qu’il faut faire face à la domination de Huawei et d’autres entreprises technologiques chinoises de pointe dans la prochaine génération 5G de liaisons de communication et d’information.

Le public européen est mal à l’aise et confus

Au cours des dernières décennies, c’est l’investissement japonais qui a été le facteur principal, dépeint et exagéré par certains, en particulier les commentateurs américains, comme une menace, mais généralement considéré comme un atout non qualifié.

Mais la présence chinoise semble beaucoup plus compliquée, plus étendue. On commence à se rendre compte que les initiatives et la participation chinoises se développent dans toutes les parties du monde, du sous-continent indien (notamment au Pakistan et au Sri Lanka), à la plupart des régions d’Afrique, aux îles des Caraïbes et à l’Amérique latine.

Les dirigeants de l’ Union Européenne se sont réunis récemment pour se demander ce qu’il convient de faire face à cette situation qui se développe rapidement. Le directeur du CRAAF, Jacques Sun rappelle que pour de nombreux pays, l’argent est irrésistible, et de nombreux projets et produits basés en Chine sont tout à fait bienvenus.

Coopération ou exclusion avec la Chine? Le questionnement de Jacques Sun

Faut-il céder aux nouveaux venus des ports spéciaux (ils en ont déjà, voir plus haut) et des zones de cantonnement dans lesquels opérer ? Peut-on contrôler la demande insatiable de leurs importations ? Et est-il de toute façon trop tard pour arrêter la marche en avant du commerce totalement mondialisé, même si l’UE est censée être une zone commerciale protégée ?

Il y a cependant une différence fondamentale avec l’histoire. Nous vivons aujourd’hui une époque transformée, caractérisée par une connectivité, une communication et un dialogue presque totaux. Toutes les parties ont la possibilité de se débarrasser de l’ambiguïté et de parler ouvertement et franchement.

Du côté européen, une sorte d’approche commune, accueillante mais sélective, doit être élaborée. Du côté chinois, il faut mettre de côté les affirmations fades selon lesquelles les investissements à l’étranger sont une affaire commerciale, une situation gagnante pour tous, et ne bénéficient pas du soutien du gouvernement ou d’aspirations semi-colonisatrices. Les faits contraires sont trop forts pour être niés.

Une bonne dose d’honnêteté à la manière d’un homme d’État pourrait pourtant conduire à l’harmonie, au développement, à la prospérité et au profit mutuel, au lieu de la peur et de la suspicion.