Avenir énergétique du monde et la RDC par Jeanine Mabunda

Changement climatique

La transition mondiale vers les énergies renouvelables nécessitera le déploiement massif de nouvelles sources pour la production et le stockage de l’électricité. La République Démocratique du Congo représente plus de 70 % de la production mondiale de cobalt, un minerai essentiel à la production de batteries.

Le monde aura besoin des ressources de notre pays pour se protéger des impacts du changement climatique, dont les Congolais ne sont pas responsables. Il est aujourd’hui temps que les organisations et les gouvernements qui travaillent à sauver le monde prennent conscience de la valeur de cette contribution.

La route vers un avenir énergétique propre passe par la République Démocratique du Congo

Les pays africains doivent être de véritables partenaires dans les efforts mondiaux en matière de climat

Le mois dernier, le président américain Joe Biden a accueilli un sommet virtuel des dirigeants mondiaux afin de discuter des mesures à prendre pour « s’attaquer à la crise climatique ». D’après la Maison Blanche, ce sommet a réuni des représentants des 17 pays responsables de 80 % des émissions mondiales et du PIB mondial. Furent également présents les dirigeants de cinq pays africains, ce qui est un excellent début. Mais il faut faire davantage pour reconnaître les enjeux pour l’Afrique et engager le continent en tant que véritable partenaire dans cet effort mondial.

L’Afrique est la moins responsable du changement climatique mondial, mais elle est la plus vulnérable à ses effets. La Chine, l’Union européenne et les États-Unis émettent plus de 40 % du total des gaz à effet de serre dans le monde, alors que l’ensemble de l’Afrique n’en émet que 7 %. Le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, a récemment souligné que « dix des douze pays les plus exposés au risque de sécheresse se trouvent en Afrique. »

Les politiques internationales sont synonymes de crises africaines plus profondes – effets climatiques, conflits, inégalités vaccinales

La crise climatique risque d’exacerber d’autres défis auxquels le continent est confronté. Des problèmes fondamentaux tels que l’insuffisance des infrastructures, l’accès aux capitaux et la nécessité d’un allègement de la dette ont rendu plus difficile la réponse aux divers autres défis qui continuent de se poser. Par exemple, l’insuffisance des routes et l’accès limité à l’électricité ont sapé les efforts de distribution des quelques vaccins COVID-19 qui ont été mis à la disposition des pays africains. Les réponses à ces crises ne peuvent réussir de manière isolée. La lutte contre les principaux obstacles à la croissance économique des pays africains doit être menée avec la même ferveur que la lutte contre le changement climatique mondial, car elles sont directement liées.

Les impacts du changement climatique posent également des défis supplémentaires aux efforts de consolidation de la paix en cours en République Démocratique du Congo et dans toute la région. Les différends concernant l’accès à l’eau, les terres arables et les conditions résultant de la sécheresse ou de phénomènes météorologiques violents menacent tous la paix. Les solutions à ce problème mondial devront être mises en œuvre au niveau communautaire si nous voulons atténuer les impacts potentiels sur les plus vulnérables.

La transition vers des émissions nettes nulles ne peut se faire au détriment du développement des pays qui n’ont actuellement pas un accès suffisant à l’électricité. Alors que les nations ayant un accès complet à l’électricité se convertissent aux sources renouvelables, l’Afrique doit prendre toutes les mesures nécessaires pour élargir l’accès à l’énergie, nécessaire au développement économique et social. Selon la Banque mondiale, au rythme actuel d’électrification, 84 millions de personnes (80 % de la population totale) en République Démocratique du Congo n’auront toujours pas l’électricité en 2030. Il ne faut pas demander à la RDC de vivre sans électricité, alors qu’elle constitue l’élément vital de l’avenir de l’énergie propre dans le monde. Le peuple congolais a besoin d’électricité maintenant.

Protéger le peuple congolais tout en exploitant ses minéraux essentiels

Les conditions actuelles d’exploitation du cobalt en République Démocratique du Congo posent de nombreux problèmes graves, notamment le recours déplorable au travail des enfants et la dégradation de l’environnement qui en résulte. Nous devons faire plus pour combattre ces problèmes en protégeant nos enfants, en appliquant de nouvelles réglementations et en créant des opportunités économiques pour nos populations. Mais le monde doit également soutenir les efforts visant à exploiter ces ressources de manière responsable, c’est-à-dire en améliorant les conditions de travail et les normes environnementales et en garantissant un rendement approprié aux personnes et aux communautés qui fournissent cette ressource vitale au monde.

Selon les récentes projections de la Global Battery Alliance du Forum économique mondial, la demande de cobalt pour les batteries va quadrupler d’ici 2030. Cette augmentation spectaculaire de la demande mettra à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement actuelles. Demander à une communauté minière congolaise qui n’a pas accès à l’électricité, aux routes et aux soins de santé – et dont les habitants extraient le cobalt de la terre à la main – de quadrupler sa production est non seulement irréaliste mais aussi immoral. Il nous incombe à tous, des mineurs aux régulateurs en passant par les utilisateurs finaux, de veiller à ce que les futures énergies propres ne se fassent pas au détriment du bien-être de la population congolaise.

Les plus grandes économies du monde peuvent ouvrir la voie à un avenir énergétique propre et tenir la promesse de l’accord de Paris. Ces efforts sont essentiels à la survie de notre planète et à la prévention d’une crise climatique qui dévastera le continent africain. Si nous voulons réussir, nous devons reconnaître le rôle de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et nous rassembler pour élever ceux à qui l’on demande de jouer un rôle central dans le sauvetage du monde.

Qui est Jeanine Mabunda ?

Jeanine MabundaJeanine Mabunda Lioko est l’ancienne présidente de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, la première femme jamais élue à ce poste. Elle a également occupé le poste de représentante spéciale chargée de combattre les violences sexuelles et le recrutement d’enfants soldats en République Démocratique du Congo. Jeanine Mabunda est actuellement députée de Bumba, en RDC, et fondatrice de Lux Africa, une initiative d’énergie solaire visant à élargir l’accès aux énergies renouvelables